Nacha Russia
février 15, 2008
Mais l’émission, diffusée les soirs de week-end sur la chaîne de divertissement TNT, n’a pas de prétention satirique, dans un pays où toute irrévérence politique a été bannie des écrans depuis l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir en 2000.
Et il ne prévoit pas de changer de principe à l’approche de la présidentielle du 2 mars.
Nacha Russia, inspirée de la série britannique Little Britain, se distingue cependant des émissions humoristiques russes, cantonnées aux histoires salaces et moqueries sur la vie des stars.
Car malgré un humour tournant parfois à la blague de potache, son portrait de la société russe sonne juste, avec ses SDF Sifon et Boroda vivant dans les poubelles de la banlieue chic de Moscou, la Roubliovka, où ils récupèrent caviar, écrans plats et vêtements de marque.
Ou encore Snejanna Denissovna, institutrice à Voronej, croustillant personnage à grosses lunettes et forte poitrine, qui passe son temps à extorquer de l’argent à ses écoliers, en leur faisant par exemple subventionner sa maison de campagne, présentée comme un grand abri pour les petits oiseaux.
Sont également évoquées les difficultés à être un ouvrier homosexuel dans la ville industrielle de Tcheliabinsk, dans l’Oural, ou un ouvrier du bâtiment tadjik en situation irrégulière.
Les députés Pronine et Mamonov, élus corrompus de la ville pétrolière de Nefteskvajensk, qui passent leur temps à s’inquiéter du sort de la Russie entre deux séjours au soleil de Miami, sont les plus proches de la satire politique.
«Si vous regardez à la télévision les députés actuels, ce sont exactement les mêmes», s’amuse Valeri Malachonok, cadre dans une entreprise occidentale à Moscou et téléspectateur assidu de Nacha Russia avec son fils de 13 ans.
Comme nombre de ses concitoyens, il a été un adepte des Koukli, les Guignols russes, émission satirique phare de la chaîne privée NTV, symbole de la liberté de ton des années 1990 jusqu’à son verrouillage en 2001.
Et surtout pas du chef de l’État.
«Nous sommes très loin des Koukli», acquiesce lui aussi Valeri Malachonok, jugeant Nacha Russia inoffensif pour le pouvoir.
«Dans un État totalitaire comme l’est la Russie aujourd’hui, il n’y a pas de place pour la satire», explique à l’AFP Viktor Chenderovitch, l’ex-scénariste des Koukli, réfugié sur la radio Écho de Moscou, un des rares médias audiovisuels encore critiques du régime.
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