Les victimes de Staline
janvier 31, 2008
Tous les 30 octobre depuis 1974, la Russie commémore les victimes de la répression politique.
A cette occasion, plusieurs manifestations se déroulent jour-là dans la capitale.
L’ONG russe Mémorial estime que 900 000 victimes des répressions politiques sont toujours en vie dans le pays.
Place Loubianka à Moscou, environ un millier de personnes ont adopté un manifeste demandant à Vladimir Poutine d’ériger un «vrai monument» aux victimes.
Ces personnes âgées souhaitent également que la notion de préjudice moral soit reconnue par la loi et voudraient voir leurs allocations augmentées.
La scène a lieu sous les premiers flocons de la saison, juste devant les murs sinistres de l’ancien KGB.
Près d’un millier de personnes, pour la plupart des retraités, sont venues déposer quelques fleurs auprès d’un modeste monument qui passe largement inaperçu : il s’agit de la pierre Solovetski, du nom de l île Solovki, au nord de la Russie, où le premier goulag soviétique fut ouvert.
Les manifestants, qui ont pour la plupart perdu des proches lors de différentes vagues de répression ou sont eux-mêmes des survivants des camps de travail, demandent davantage de reconnaissance et une augmentation de leurs compensations.
A 82 ans, Ekaterina Maximovna explique que son père a été arrêté en 1938.
Elle ne l’a pas jamais revu et reçoit désormais…
Un bouquet d’oeillets rouges à la main, Lioudmila Mikhaïlovna explique avoir tout perdu dès sa naissance, en 1938.
Deux jours plus tard, ma mère mettait fin à ses jours.
Comme la très grande majorité des manifestants, la vieille dame, les cheveux gris soigneusement rassemblés par un serre-tête, tient Staline pour principal responsable.
J’étais chauffeur, et je me suis débrouillé pour qu’on m’envoie en-dehors de Moscou ce jour-là.
Il aurait fallu que je lui pardonne, à lui?
Après une minute de silence, les manifestants déposent des couronnes de fleurs et des bougies au pied du monument.
Au milieu de lettres et de dessins d’anciens prisonniers politiques trône une photo d’Anna Politkovskaïa.
Irina Kalina, vieille femme distinguée de 77 ans, porte avec précaution, à bout de bras, le portrait de son père en noir et blanc.
Diplomate, consul en Pologne dans la ville de Gdansk, de 1926 a 1933, il est arrêté peu après son retour en URSS.
Avec son arrestation, je suis devenue moi aussi une ennemie du peuple et, à 20 ans, j’ai été arrêtée avec mon fiancé et envoyée dans un camp de travaux forcés, à Karaganda (Kazakhstan).
Selon l’organisation Mémorial, la loi sur la monétisation des avantages sociaux a abaissé un peu plus le niveau de vie des anciens prisonniers toujours en vie.
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